Femmes : le « sexe faible » de l’écosystème numérique africain

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A deux jours de la célébration de la Journée mondiale de la femme (8 mars), INNOVAFRICA s’est penché sur l’approche genre dans l’écosystème numérique africain. Et le tableau reste inchangé : malgré quelques efforts, encore timides, l’écart hommes-femmes dans l’accès aux TIC demeure tenace.

Au niveau mondial, l’écart hommes-femmes en matière d’utilisation d’internet s’élève à 25 % dans les pays en voie de développement. En Afrique subsaharienne, ce gap est encore plus marqué. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’écart hommes-femmes est de 40 % dans cette partie du continent.

Dans le domaine agricole, par exemple, Dorothy Okello, Michael Sudarkasa et Lucia Ogunsumi, estiment dans un blog que, « l’écart hommes-femmes en matière d’utilisation des TIC dans la chaîne de valeur empêche beaucoup de femmes d’exploiter pleinement leur potentiel dans le secteur agricole. » Car, selon eux, les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent constituer un moyen efficace pour remédier aux limitations d’accès à l’information, stimuler la productivité et faciliter l’externalisation, le partage de ressources et le travail en réseau. Or, « en raison de disparités, les femmes accèdent moins facilement aux services sur téléphones portables qui aident les agriculteurs à rester informés, à recevoir des aides financières et à toucher des marchés à plus forte valeur ajoutée. » Globalement, elles ont 23 % de probabilités en moins de posséder un téléphone portable que les hommes, selon une étude de l’IFC, datée de 2016.

En attendant cette démocratisation des TIC à leur profit, les femmes continuent de truster les bas-fonds des rapports dans ce domaine. Selon l’Alliance for Affordable Internet (A4AI) et la Fondation World Wide Web, les disparités entre les sexes en matière d’utilisation d’internet sont particulièrement prononcées en Afrique (25 %) et en Asie (17 %).

Quelques timides éclaircis dans cette grisaille sont toutefois notés. Des incubateurs tentent de plus de plus de réduire cette fracture numérique par la mise œuvre de programmes exclusivement dédiées à la gent féminine. Au Sénégal, par exemple, JokkoLabs fait office de pivot avec des activités répliquées dans ses sept filiales en Afrique. Ce genre d’initiatives se développent petit à petit au « Pays de la Teranga ». Ici, le taux de femmes qui s’activent dans l’écosystème numérique se situe à 30 %. Mieux que la France, par exemple, où ce taux est de seulement 10 %. Par ailleurs, ce pays abrite depuis quelques années une Journée de la femme digitale co-organisé par The Bureau. La directrice de ce cabinet était ailleurs à Dakar il y a quelques semaines pour annoncer la tenue, pour la première fois en Afrique, du même événement. Ce sera le 13 juin 2019, dans la capitale sénégalaise, avec la remise des Margaret, prix éponyme en hommage à Margaret Hamilton, âgée aujourd’hui de 81 ans, créatrice du code informatique sans lequel la mission Apollo 11 ne serait pas réussie.

Appel aux pouvoirs publics

Paradoxalement, au Sénégal « n’existe pas encore cette volonté affirmée des pouvoirs publics d’accompagner les femmes à s’approprier le numérique », remarquait Mme Fatim Niang Niox, la directrice exécutive de JokkoLabs-Dakar, lors d’un panel à l’Institut français de Dakar.

L’appel est donc lancé. Pour une égalité hommes-femmes dans le domaine des TIC, des solutions doivent hardies doivent etre prises par toutes les parties prenantes. Ce que rappelle Mats Granryd, directeur général de la GSMA : « Pour atteindre les 432 millions de femmes de ces pays qui ne sont toujours pas connectés, il faudra un effort concerté et une coordination de la part de l’industrie de la téléphonie mobile, ainsi que des décideurs et de la communauté internationale. »

Résorber le gap qui les sépare des hommes dans le secteur des TIC ne serait que justice, car l’apport des femmes en la matière est inestimable :  Margaret Hamilton, Ada Lovelace, qui a créé le premier programme informatique, Roberta Williams, connue pour être à l’origine du jeu vidéo Mystery House (1979) et de nombreux autres classiques du jeu d’aventure. Stéphanie « Steve» Shirley, l’une des premières chefs d’entreprises technologiques ; listée en 2014 parmi les « 100 meilleurs scientifiques en exercice » par le Conseil des sciences de Royaume-Uni. La liste n’est pas exhaustive.

Amadou BA

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