INTERVIEW…Majdi Yassine, Vice-président AAS, en charge du volet digital : « Il y va de notre crédibilité de pouvoir détecter la demande en Assurance digitale »

Majid Yassine-DG-SAHAM-Innovafrica

Peut-on parler aujourd’hui de l’Assurance sans évoquer l’assurance digitale ou l’Assurtech ? Cette question a pourtant été absente du premier séminaire organisé au Sénégal entre assureurs et parlementaires (Dakar, 6 novembre 2018).  Selon Majdi Yassine, Administrateur directeur général Saham Assurance et responsable du volet digital de l’Association des assureurs du Sénégal (AAS), cela ne signifie pas pour autant, que l’assurance numérique soit un sous-secteur marginalisé. Entretien.

Le thème du numérique n’a pas été évoqué lors de votre atelier avec les parlementaires. Cette question est-t-elle peu importance pour le secteur sénégalais de l’Assurance, en l’occurrence pour l’AAS ?

Bien au contraire, le numérique fait partie de nos axes stratégiques pour le développement du marché sénégalais de l’Assurance. Ce faisant, plusieurs axes stratégiques sont développés dans le cadre du Plan quinquennal de l’Association des assureurs du Sénégal pour soutenir l’ensemble des actions qui contribuent à l’effort économique national, à l‘émergence du Sénégal. Aujourd’hui, nous avons classé nos axes stratégiques par priorités. Les TIC en sont partie intégrante, mais nous suivons un chronogramme préalablement défini. C’est la raison pour laquelle nous n’en avons pas parlé aujourd’hui (6 novembre 2018, ndlr) dans le cadre de notre séminaire avec les parlementaires, qui avait un thème spécifique : « Assurance et émergence ». Ce thème s’inscrit dans le cadre du PSE et dans un contexte de découvertes de ressources notamment pétrolières et gazières au Sénégal.

Il est important pour nous de transmettre nos préoccupations aux parlementaires afin qu’elles soient prises en compte dans le cadre des lois qui régiront les réformes dans ces secteurs.

A notre niveau, cet atelier visait à fédérer l’ensemble des acteurs de notre secteur pour pouvoir répondre d’une seule et même voix, et apporter notre contribution technique, financier pour accompagner le PSE. Comme vous le savez, le secteur des assurances touche tous les pans de l’économie tant au niveau du primaire, secondaire ou tertiaire. Et donc, c’est notre manière de présenter notre vision du plan stratégique qui a été élaboré de façon consensuelle, et qui prend en compte les préoccupations de l’ensemble des acteurs du marché sénégalais des assurances. Aussi, avons-nous défini clairement des axes prioritaires pour la croissance du marché sénégalais des assurances.

Le digital, avec le nombre élevé d’utilisateurs du mobile, n’est-il pas un moyen  d’améliorer le très faible taux de pénétration de l’assurance auprès des populations ?

 Tout à fait, la numérisation et plus largement le digital est aujourd’hui un vecteur qui peut permettre de densifier le niveau d’équipement des assurances par personne au Sénégal. Au Sénégal, la contribution de l’assurance dans le PIB est de 1, 6%. Un taux essentiellement porté pas par les entreprises formelles et non les particuliers. Donc, il y a toute une niche constituée par les particuliers, le secteur informel, que nous n’exploitons pas pour le moment. Ce qui veut dire que l’on pourrait doubler voire tripler ce taux-là. Donc, les outils digitaux nous permettront de communiquer, de sensibiliser les populations sur la nécessité de consommer les produits d’assurance ; parce qu’il y a beaucoup de personnes, notamment dans le secteur informel, qui détiennent un pouvoir d’achat assez important, mais qui ne sont pas assez sensibilisés sur le mécanisme et la portée inclusive que peut avoir l’assurance.

Le second aspect qui me paraît intéressant dans le digital est celui de la distribution. Il peut ainsi permettre de réduire fortement le coup de distribution des produits d’assurance et désenclaver les zones difficile d’accès sur le plan logistique. En attendant que les infrastructures routières, aériennes, ferroviaires que l’Etat est en train de réaliser, soient totalement fonctionnelles, le digital à travers le mobile et l’internet, peut constituer une solution efficace.  Aujourd’hui, on constate que le taux de mobinautes (97% des internautes, ndlr) est plus important que celui des internautes au Sénégal. Il est vrai que tous les mobinautes et internautes sénégalais ne disposent pas forcément des moyens de souscrire à une assurance, quand bien même il reste une marge de développement assez importante encore inexploitée par l’assurance.

     Profiter de la pénétration du mobile  pour augmenter le taux de croissance du marché de l’assurance au Sénégal

L’absence d’un cadre réglementaire n’est-elle pas un frein au développement de l’assurance digitale, mobile au Sénégal ?

Je pense plutôt que c’est juste une question de timing de notre feuille de route. Et ce timing du moment, qui mobilise l’ensemble des secteurs économiques sénégalais, nous imposait de voir comment l’Assurance pouvait contribuer à la réflexion du local content par rapport à l’ensemble des découvertes de pétrole, de gaz. Cela signifie que nous ne pouvions pas prioriser le digital au moment où toute l’attention et l’ensemble préoccupations de l’opinion publique sont ailleurs. Donc, il fallait que nous aussi répondions dans les délais à cet appel-là, j’allais dire cette demande à laquelle l’Association des assureurs du Sénégal et ses partenaires ne pouvaient que répondre. Et dans les délais.

Alors, bien sûr, l’étape suivante sera de voir comment pourrons-nous mieux communiquer et profiter de la pénétration du digital dans notre pays pour accélérer le taux de croissance du marché de l’assurance, mais également son inclusion dans les couches des populations les plus éloignées qui, par moment, nécessitent des couvertures d’assurances qui soient beaucoup plus adéquates. Ce matin (Le 6 novembre, ndlr), les parlementaires ont suggéré qu’il fallait un peu changer notre culture assurantielle que nous avons eu jusqu’alors pour adapter nos produits à des besoins spécifiques aux demandes locales, et également de nous déployer à l’intérieur des régions. Donc, ce sont des ateliers que nous allons perpétuer. Maintenant nous avons mis en place un cadre de concertation que nous espérons pérenniser avec les élus locaux, afin de travailler ensemble, État et privés. Car c’est main dans la main que nous pouvons répondre aux préoccupations des populations dans l’intérêt de tous.

Il existe toutefois un côté pervers dans cette entreprise de digitalisation, notamment dans la sécurisation des emplois. En d’autres termes, ne craignez-vous un secteur de l’Assurance sans assureurs avec le développement de l’Intelligence artificielle ?

Non, je ne pense pas qu’il peut y avoir d’assurances sans assureurs en tant que tel, car nous disposons d’un cadre réglementaire très clair à ce sujet-là. Effectivement, je comprends votre préoccupation. Nous sommes dans des secteurs ou l’informel évolue et des structures peuvent voir le jour, qui développent à travers les technologies des organisations sous forme d’Assurtech, à l’image des Fintechs pour les banques. Nous en sommes très conscients. Et il appartient au marché sénégalais de l’assurance de s’organiser pour répondre favorablement à cette demande.

La question est simple : si les Assurtech se créent au Sénégal et se développent, c’est qu’elles répondent à un besoin. Donc, il y va de notre crédibilité en tant qu’assureurs pour détecter cette demande latente, mieux la cerner et déterminer le moment pour nous de nous installer dans ce segment de marché, etc.

En Europe, et globalement sur les marchés occidentaux et même en Asie, beaucoup d’Insurtechs ont été créés. Certains ont même été rachetés par des groupes d’assurances. Naturellement, il y a eu des échecs et des succès dans ces opérations. Parce que souvent il y a d’un côté à des startups et de l’autre de très grandes entreprises. L’esprit n’étant pas le même, il convient de faire converger les idées pour donner un ensemble qui soit satisfaisant dans la mesure où il répondra aux besoins des consommateurs. Cela suppose toutefois que l’on soit bien à leur écoute. C’est un travail que nous allons bientôt entamer afin de voir toute la dimension économique dans laquelle l’assurance doit se positionner, que ce soit au niveau technologique, dans la distribution classique, les ressources naturelles et minières du pays, etc. Donc, c’est un vaste chantier que nous avons-là. Et nous évoluons vraiment aux pas de course sur tous ces chantiers, mais il faut y aller avec méthode. Aujourd’hui (le 6 novembre 2018, ndlr), notre rencontre a porté sur les ressources pétrolières et gazières, demain ce sera le digital dans le secteur de l’Assurance, et ainsi de suite. Et je rappelle que ce premier événement, le séminaire entre assureurs et parlementaires, ne s’est jamais tenu au Sénégal auparavant. Nous allons ainsi renouveler ce genre d’évènement pour l’inclusion financière au grand bénéfice de tous les consommateurs sénégalais.

Entretien réalisé par Amadou BA

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